[Culture] Les vespasiennes, vestiges de la modernité de nos cités

Il est fort à parier que pour la plupart des moins de 30 ans, le mot « vespasienne » ne signifie rien. J’entends d’ici les quelques tentatives hasardeuses pour placer une définition derrière cette palabre inconnue :

– « Vespa, comme ce fameux deux roues italien ? » Point du tout.

– « Par sa petite ressemblance au mot « persiennes », y aurait-il un rapport avec ce type de volet ? » Vous n’y êtes pas.

Pourtant, les vespasiennes ont fait les grandes heures du mobilier urbain depuis plus d’un siècle

, poussant comme des champignons aux coins de nos rues. Mais il est vrai que depuis les années 1980, à l’instar de nos cabines téléphoniques, les vespasiennes ont peu à peu disparu de notre environnement.

Qu’est-ce donc alors ? 

 

Leur nom vient tout droit d’un empereur romain, celui-là même qui fit construire le Colisée à Rome : Vespasien. Mais que vient donc bien faire un empereur romain dans nos histoires de vespasiennes, me direz-vous ?

Lorsque que Vespasien accède au pouvoir impérial en 69 de notre ère, les caisses de Rome sont à sec, vidées par les excès de ses prédécesseurs et par la guerre civile qui eut lieu deux ans plus tôt. Les fonctionnaires et les soldats ne sont pas payés. Par ailleurs, Vespasien a des projets pour son Empire, il lui faut donc trouver de nouvelles sources de revenus.

C’est ainsi qu’il décide de créer un nouvel impôt tout à fait inédit : taxer l’urine !

Cela semble totalement loufoque pour les parents et enfants de la génération Y que nous sommes, mais en réalité, c’est bien loin d’être une si mauvaise idée, car à l’époque, l’industrie de la teinture, florissante, utilise une énorme quantité d’urine pour traiter les étoffes avant de les teindre. Bien malin que fut Vespasien !

Et quand les bonnes âmes qui entouraient l’empereur lui demandaient s’il n’était pas gêné d’utiliser de l’argent tiré de l’urine, ce dernier rétorquait habilement : « pecunia non olet« , « l’argent n’a pas d’odeur ! »

 

Buste de Vespasien (9-79)

 

Revenons alors à nos vespasiennes, peut-être avez-vous désormais une petite idée de ce dont il s’agit ?

Depuis 1834, la vespasienne désigne un lieu d’aisance masculin, ou autrement dit, un urinoir pour homme !

C’est au préfet de la Seine, le comte Claude-Philibert de Rambuteau, que l’on doit l’introduction à Paris des premières vespasiennes, afin de répondre au nécessaire besoin d’hygiène dans les rues, souillées par les envies pressantes de ces messieurs citadins. Rapidement elles prirent le nom argotique de « pissotière », et c’est peut-être sous ce nom que vous connaissez mieux cette création, qui s’est développée ailleurs en France et en Europe.

Elles ont traversé les époques, garantissant une certaine intimité pour les usagers, tout en épargnant la vue des passants… jusqu’à la fin du XXe siècle où les toilettes publiques et les sanisettes ont remplacé nos vespasiennes, par soucis d’offrir un confort et une hygiène plus importants, en stoppant les odeurs âcres qui s’en dégageait, et, last but not least, permettre aux femmes de satisfaire elles aussi à leurs besoins !

Pensez-y quand vous utiliserez ces lieux d’aisance à l’avenir… Ou pas ! C’est vous qui voyez.